Lettre d'information

Partager
Saint du jour
St Pierre-Célestin, pape († 1296) ,   St Crispin de Viterbe, ofmcap († 1750)
Flux RSS OSP

Le dimanche à Toulon

"Les commerçants de Toulon autorisés à ouvrir tous les dimanches", titrait Var Matin du 21.04.2012, informant de la décision prise par la mairie d'offrir la liberté d'ouvrir le dimanche aux commerces non-alimentaires, dans la totalité des quartiers de la ville (http://www.varmatin.com/article/home-page/les-commercants-de-toulon-autorises-a-ouvrir-tous-les-dimanches.841211.html).

Faut-il se réjouir de cette autorisation d’ouvrir tous les dimanches accordées aux commerçants de Toulon ?


On peut légitimement s’interroger en effet sur ce qui est présenté comme un atout commercial, une « ère nouvelle », voire une petite révolution. Une fois accordées les dérogations au principe du repos dominical, il apparaît que le chemin n’est plus très long vers une disparition de ce jour « sanctuarisé ».


Nous ne pouvons que regretter de voir que les priorités qui gouvernent ce processus sont précisément celles qui menacent le plus la cohésion sociale et le développement authentique de la personne humaine : le culte de la consommation nuit à une vraie culture de la solidarité. Le consumérisme ne rend pas heureux : piètre réponse à la question du bonheur qui nous habite tous ! L’homme vaut bien plus par ce qu’il est que par ce qu’il possède, produit, achète ou vend. Le travail, pourtant précieux, peut lui-même parfois devenir un esclavage ou même une idolâtrie.


Ce jour reste pour nous un jour à part, où peut être si bien mise en relief la dignité de l’homme, sa capacité à s’ouvrir à Dieu et aux autres. La question n’est pas seulement de se lamenter parce que le supermarché ouvert le dimanche tend à devenir un temple et la consommation une religion. Le dimanche est pour nous un principe d’humanité et d’humanisation de la société.


Assumant le sabbat juif, le dimanche est devenu pour les chrétiens le seigneur des jours, où l’on fait mémoire de la libération d’Egypte et de la résurrection du Christ. Un jour pour nous libérer de l’esclavage d’un matérialisme envahissant et rendre un culte à Dieu, offrant ainsi un horizon et une espérance à notre vie. Le dimanche, donnant le sens du temps, structure notre vie et construit la vie en commun.


N’y a-t-il pas des libertés plus importantes à défendre que celles de pouvoir vendre ou faire du shopping le dimanche ? Liberté de se reposer, de pouvoir se retrouver ensemble, simplement, antidote pour les familles contre la dispersion et la division ; liberté de faire attention les uns aux autres, face à l’individualisme destructeur ; liberté d’être solidaires, de partager et d’aimer… gratuitement, face à l’égoïsme ambiant!


Si comme chrétiens nous redisons avec force notre attachement au dimanche chômé, nous pensons que ce jour est porteur d’un message pour toute la société, auquel on ne peut renoncer sans dommages. Et si l’ouverture des magasins conduisait surtout à l’enfermement angoissant dans la spirale de la consommation ?


Observatoire sociopolitique du diocèse de Fréjus-Toulon

 

Pour aller plus loin :

 

Jean-Paul II, Lettre apostolique Dies Domini :

http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/apost_letters/documents/hf_jp-ii_apl_05071998_dies-domini_fr.html

 

Conférence des évêques de France, Le Dimanche au risque de la vie actuelle :

http://www.eglise.catholique.fr/download/1-2392-0/le-dimanche-au-risque-de-la-vie-actuelle.pdf

 

A tous les électeurs !

 

Négociables ou pas ?

On n’a jamais autant parlé chez les catholiques de ces fameux principes que lors de cette campagne électorale, et ce n’est pas nous qui allons le déplorer. La fille aînée de l’Eglise, qui a finalement toujours entretenu des relations tendues avec sa Mère, met souvent du temps à bien vouloir entendre le message prononcé de l’autre côté des monts…

Une fois la barrière franchie des sommets alpins, reste l’étape de l’atterrissage et de l’acheminement. On a bien signalé l’arrivée d’un aéronef en provenance de Rome, mais le déchargement de la cargaison s’est fait sous haute surveillance, de même, les points de diffusion ont été strictement encadrés. Si bien qu’en 2012, le concept pourrait presque passer pour nouveau, voire même inventé. La communauté des croyants est invitée à l’accueillir avec la plus grande circonspection : ce néologisme suspect serait susceptible de mauvaises interprétations. Il existerait des exigences morales fondamentales auxquelles le chrétien ne pourrait renoncer, appelés principes non-négociables, souvent résumées en trois points : la valeur et la dignité de la vie de toute personne humaine, la famille fondée sur le mariage d’un homme et d’une femme, la liberté d’éducation qui intègre les valeurs morales et religieuses selon les convictions des parents.

Le terme même ne serait pas approprié, voire inefficace, peu utilisé par le Pape et source de confusion. Les relations conflictuelles avec notre Mère ayant rendu difficile la transmission de l’héritage familial, peut-être faut-il remonter au bienheureux Jean-Paul II, qui, lui au moins savait parler au monde ?

Le 14 février 2001, il disait : « La promotion de la Culture de Vie devrait être la plus grande priorité de nos sociétés … Si le droit à la vie n’est pas défendu de façon catégorique comme condition de tous les autres droits de la personne, toute autre référence aux droits humains demeure fausse et illusoire. » Y a-t-il principe d’humanité plus fondamental que celui-là, qui assure le socle minimum du bien vivre ensemble ? Bien sûr, l’élection n’est pas un referendum sur l’avortement, mais reste la question de savoir comment l’on considère celui qui n’est pas encore né, la personne porteuse de handicap, le malade, la personne âgée… Anesthésie ou réveil des consciences, il faut bien choisir ! Pourquoi donc s’étonner de cette invitation à un choix inconditionnel en faveur de la vie ?

En 1981, dans la conclusion d’une exhortation sur la famille, Jean-Paul II affirmait : « L’avenir de l’humanité passe par la famille ! Il est donc indispensable et urgent que tout homme de bonne volonté s’emploie de toutes ses forces à sauvegarder et à promouvoir les valeurs et les exigences de la famille. » Et de rappeler, 25 ans plus tard, qu’il s’était toujours attaché à défendre « avec vigueur les droits de la famille contre les usurpations de la société et de l’Etat ». Premier lieu d’humanisation et cellule de base de la société, la famille est une réalité naturelle à accueillir et à protéger et non à redéfinir. Le travail ou le logement sont évidemment des principes fondamentaux, mais relatifs au service de la personne et de son épanouissement dans une famille. Est-il impossible de faire un lien entre la crise du logement et celle de la famille ou du « non-mariage » ? Faut-il énumérer enfin les rappels de Jean-Paul II sur le droit fondamental des parents à éduquer leurs enfants en fonction de leurs convictions, ou bien encore le droit de choisir leur école ?

Alors, comment faut-il appeler ces points: valeurs fondamentales, socles de la société, puisque tous les autres principes s’y rattachent ? Pourquoi ne pas dire tout simplement principes non-négociables, sans grimacer ? Il y a certes bien d’autres principes dans la l’enseignement social de l’Eglise, mais tous n’ont pas le même poids ou la même importance! Benoît XVI appelle les premiers, droits universels, intangibles, inaliénables et indivisibles : principes de base de toute coexistence et piliers d’une société digne de l’homme. Les évêques ne sont pas à classer en différentes catégories selon qu’ils utilisent ou nom l’expression : rappeler constamment ces valeurs fait simplement partie de leur responsabilité à l’égard du troupeau qui leur est confié (Sacramentum caritatis, 83).

La tentation est grande de conclure en disant qu’aucun candidat « ne remplissant parfaitement les conditions », il serait impossible de se prononcer. D’aucun préféreraient que l’Eglise en dise un peu plus, fasse un pas supplémentaire. Nostalgie d’un certain cléricalisme ou paresse lorsqu’il s’agit de former sa conscience et de discerner les pas qu’il est possible d’accomplir de façon réaliste dans la situation actuelle ? Il faut reconnaître que la France n’est pas les Etats-Unis et que la fameuse « Note de 2002 » autant que l’Exhortation de Benoît XVI citée plus haut, s’adressent plus particulièrement aux hommes politiques et aux législateurs catholiques.  L’abstention ou le vote blanc constituent sans doute un choix pour l’électeur catholique, à ne pas draper trop vite cependant dans les plis de l’étendard appelé objection de conscience, vote résistant ou cohérent

Face à la difficulté de se déterminer, il est urgent d’encourager les catholiques à un engagement renouvelé dans le service à la politique, expression qualifiée et exigeante de l'engagement chrétien au service des autres. Qu’une génération se forme et se consacre à la vie politique, au service de la promotion intégrale de la personne humaine et du bien commun, pour bâtir une culture respectueuse de la vie et porteuse de solidarité ! « Il faut effectuer un choix cohérent avec les valeurs, en tenant compte des circonstances effectives… Les requêtes de la foi chrétienne sont difficilement repérables dans un unique groupement politique… Le chrétien ne peut pas trouver un parti qui corresponde pleinement aux exigences éthiques qui naissent de la foi et de l'appartenance à l'Église. » (Compendium de la Doctrine sociale de l’Eglise, 573).

Pour celui qui veut bien se donner la peine d’ouvrir les yeux, le combat n’est pas uniquement politique mais spirituel. Encore Jean-Paul II en 1995 : « Nous nous trouvons en face d'un affrontement rude et dramatique entre le mal et le bien, entre la mort et la vie, entre la culture de mort et la culture de vie ». C’est bien ce que nous venons de chanter dans cette Fête de Pâques : « « La mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux. Le Maître de la vie mourut ; Vivant, il règne. » Le Christ, notre espérance, est ressuscité : face au relativisme ambiant, la vérité sur l’homme et la société ne s’éclaire de façon ultime qu’en lui !

 

Père Louis-Marie Guitton, Responsable de l'OSP

 

Les points non négociables

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI AUX PARTICIPANTS AU CONGRÈS PROMU PAR LE PARTI POPULAIRE EUROPÉEN

Salle des Bénédictions, jeudi 30 mars 2006

Eminents Parlementaires, Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux de vous recevoir à l'occasion des Journées d'étude sur l'Europe, organisées par votre groupe parlementaire. Les Pontifes romains ont toujours accordé une attention particulière à ce continent. L'audience d'aujourd'hui le démontre une nouvelle fois, et s'inscrit dans une longue série de rencontres entre mes prédécesseurs et les mouvements politiques d'inspiration chrétienne. Je remercie M. Pöttering des paroles qu'il m'a adressées en votre nom, et je lui présente, ainsi qu'à chacun de vous, mes cordiales salutations.

Actuellement, l'Europe doit faire face à des questions complexes de grande importance, telles que la croissance et le développement de l'intégration européenne, la définition toujours plus précise de politiques communes au sein de l'Union et le débat sur son modèle social. Pour atteindre ces objectifs, il sera important de s'inspirer, avec une fidélité créative, de l'héritage chrétien qui a apporté une contribution tout à fait particulière à la formation de l'unité de ce continent. En tenant compte de ses racines chrétiennes, l'Europe sera capable de donner une orientation sûre au choix de ses citoyens et de ses peuples, elle renforcera sa conscience d'appartenir à une civilisation commune et elle consolidera l'engagement de tous dans le but de faire face aux défis du présent en vue d'un avenir meilleur. Par conséquent, j'apprécie la reconnaissance accordée par votre groupe à l'héritage chrétien de l'Europe, qui offre de précieuses orientations éthiques dans la recherche d'un modèle social qui réponde de manière adéquate aux questions posées par une économie déjà mondialisée et par les mutations démographiques, en assurant la croissance et l'emploi, la protection de la famille, l'égalité des chances pour l'éducation des jeunes et la sollicitude pour les plus pauvres.

Lire la suite...

 

Les principes non négociables : Pourquoi ?

En cette période électorale, toutes les personnes de bonne volonté, et donc normalement à plus forte raison tous les catholiques, doivent effectuer des choix électoraux qui tout d’abord respectent les principes non négociables. Dans notre diocèse, un décryptage de ces principes est proposé sur le site des paroisses du Luc-en-Provence et du Cannet-des-Maures :

Que sont les principes non-négociables ?

Ce sont des principes qui touchent à la protection et à la promotion de la dignité de la personne humaine.
Benoît XVI, lors du discours aux participants au congrès promu par le Parti Populaire Européen, affirmait : "En ce qui concerne l’Église catholique, l’objet principal de ses interventions dans le débat public porte sur la protection et la promotion de la dignité de la personne et elle accorde donc volontairement une attention particulière à certains principes qui ne sont pas négociables.
Parmi ceux-ci, les principes suivants apparaissent aujourd’hui de manière claire :
- la protection de la vie à toutes ses étapes, du premier moment de sa conception jusqu’à sa mort naturelle ;
- la reconnaissance et la promotion de la structure naturelle de la famille - comme union entre un homme et une femme fondée sur le mariage - et sa défense contre des tentatives de la rendre juridiquement équivalente à des formes d’union radicalement différentes qui, en réalité, lui portent préjudice et contribuent à sa déstabilisation, en obscurcissant son caractère spécifique et son rôle social irremplaçable ;
- la protection du droit des parents d’éduquer leurs enfants.
"

Des points adressés aux catholiques mais aussi à tous les hommes de bonne volonté

Il précise bien que ces principes non négociables ne sont pas des vérités de foi, "même si ils reçoivent un éclairage et une confirmation supplémentaire de la foi", mais s’adressent à tous les hommes car "ils sont inscrits dans la nature humaine elle-même et ils sont donc communs à toute l’humanité." Leur négation ou incompréhension constituant "une offense contre la vérité de la personne humaine, une blessure grave infligée à la justice elle-même."

La place de l’Eucharistie

Pour les catholiques, il est intéressant de voir que le respect de ces principes relève de la "cohérence eucharistique". En effet Benoit XVI rappelle dans l’exhortation apostolique Sacramentum Caritatis que le culte n’est jamais un acte purement privé, mais requiert un témoignage publique. Cette cohérence à laquelle notre existence est appelée nous oblige (de par notre condition humaine) à témoigner, à promouvoir chaque point non négociable. Et lorsque Benoit XVI nous dit que "cela a, entre autres, un lien objectif avec l’Eucharistie (cf. 1 Co 11, 27-29)", nous devons toujours, afin de ne pas avoir un discours militant, mais de permettre à Dieu d’agir en nous, à travers nous, nous nourrir de l’Eucharistie, fréquenter Jésus le plus souvent possible grâce à la communion et à l’adoration, mais également nous préparer à le recevoir grâce au sacrement de la confession.

La responsabilité de l’Église

C’est pourquoi l’Église, corps mystique du Christ, à la responsabilité de porter haut et fort les principes non négociables. D’ailleurs Benoit XVI le rappelle en enjoignant les pasteurs à les relayer auprès du troupeau : "Les Évêques sont tenus de rappeler constamment ces valeurs ; cela fait partie de leur responsabilité à l’égard du troupeau qui leur est confié."

Membres d’Église, passons donc au crible de ces principes les différents programmes qui nous allons lire...

Et prions pour notre pays en ce contexte électoral, les électeurs que nous sommes, pour tous les candidats, afin que nous prenions tous la mesure de la responsabilité qui nous incombe à œuvrer pour la vérité de la personne humaine, pour la justice elle-même !

------------------

Pour aller plus loin : Retrouver les Principes non négociables dans le "dossier spécial élections" du site de l'Observatoire socio-politique du diocèse de Fréjus-Toulon .

 

« Avortement postnatal » : le nouvel oxymore de la culture de mort

(Source : libertepolitique.com)

Dans un article publié fin février dans le très sérieux Journal of Medical Ethics, deux universitaires spécialistes de la bioéthique plaident pour la reconnaissance du droit à supprimer un nouveau-né (« killing a newborn ») sur le modèle du droit à l’avortement d’un fœtus (« killing a fetus »). Pour qualifier cette nouvelle pratique, ils ont forgé un oxymore destiné à frapper les esprits : l’« avortement post-natal » ou after-birth abortion[1].

Le raisonnement de Francesca Minerva de l’Université de Melbourne et d’Alberto Giubilini du département de philosophie de l’Université de Milan suit une progression logique en trois étapes. Le premier temps de leur réflexion, relativement classique, repose sur la notion d’euthanasienéonatale dont nous avons déjà eu l’occasion de montrer qu’elle fait inexorablement son chemin dans les esprits[2]. La plupart des Etats ayant autorisé l’avortement en cas d’anomalie détectée chez l’enfant à naître, il n’existe aucune raison de fond qui s’oppose à ce que ce droit soit étendu aux jours qui suivent la naissance si un handicap venait alors à être diagnostiqué. Et nos deux bioéthiciens de citer le fameux Protocole de Groningen du nom de cette ville des Pays-Bas où a été mise en place dès 2002 avec l’aval des pouvoirs publics une procédure de suppression de nouveaux-nés malformés. Ce protocole visant particulièrement les enfants atteints de spina bifida (malformation congénitale liée à un défaut de fermeture du tube neural durant la vie embryonnaire), il n’est pas fortuit que le Pape Benoît XVI se soit rendu le 5 janvier 2011 auprès d’enfants porteurs de cette pathologie hospitalisés à la polyclinique romaine Gemelli, manifestant indirectement sa condamnation du programme de Groningen [3].

Le danger d’une autorisation de l’infanticide médical comme « avortement de rattrapage » ne saurait donc être sous-estimé. Se penchant sur les registres de 18 pays Européens où il apparaît que « seulement » 64% des cas de trisomie 21 ont été décelés par le diagnostic prénatal entre 2005 et 2009, conduisant à la naissance de 1700 enfants qui auraient dû en grande majorité ne pas naître, Francesca Minerva et Alberto Giubilini en concluent que les parents auraient dû bénéficier du droit à les euthanasier.

« L’intérêt des parents » prime sur les considérations « compassionnelles »

Pour autant, le concept d’euthanasie néonatale est trop restrictif expliquent les auteurs dans une seconde partie, car il repose sur l’idée qu’il est finalement dans le « propre intérêt » d’un enfant handicapé, au regard des perspectives qui sont les siennes et de sa qualité de vie future, d’être éliminé. Pour les deux chercheurs, la notion de vie qui ne vaut pas la peine d’être vécue en raison de la souffrance liée à un handicap a ses limites puisque des études montrent que même les enfants trisomiques témoignent d’un certain bonheur de vivre. Pour s’affranchir de ces considérations « compassionnelles », il faut donc faire valoir les « intérêts des parents » comme c’est le cas dans l’interruption volontaire classique où seule la volonté de la mère préside à la décision : « Si des critères tels que les coûts social, psychologique et économique, sont de bonnes raisons pour les futurs parents de recourir à un avortement même si le fœtus est en bonne santé (…), alors les mêmes raisons qui légitiment l’avortement devraient aussi légitimer le meurtre (…) au stade de nouveau-né ». Conclusion des deux universitaires, « l’avortement postnatal devrait être permis dans tous les cas où l’avortement l’est, incluant les situations où le nouveau-né n’est pas handicapé ».

Un être humain sans droits

La troisième étape de leur réflexion se veut plus philosophique et constitue en quelque sorte le soubassement intellectuel de leur démonstration : un membre de l’espèce humaine n’est pas forcément une personne et dans le cas du fœtus ou du nouveau-né, si nous avons à faire incontestablement à des êtres humains, écrivent-ils, nous pouvons affirmer non moins sûrement qu’il ne s’agit pas de personnes au sens éthique du terme.

Le fait d’être un individu humain est un fait biologique brut qui n’a en effet aucune signification morale particulière. Pour pouvoir être défini comme une personne et donc se voir attribuer des droits, dont le droit à la vie, il faut être doté d’une conscience de soi, de la capacité de se relier aux autres et au monde qui nous entoure. Or, il est indubitable selon les deux bioéthiciens qu’un nouveau-né n’est pas encore « auto-conscient » et doit par voie de conséquence être considéré comme une « personne potentielle », en aucun cas « actuelle », jusqu’à preuve du contraire. L’avortement postnatal ne vient donc léser aucun droit puisque seule l’atteinte à la vie d’une personne réellement présente peut être sanctionnée.

Les deux chercheurs s’accordent ainsi sur un dualisme anthropologique foncier refusant que l’être humain révèle temporellement et spatialement la personne. Un fœtus ou un nouveau-né sont des organismes humains vivants dépourvus d’une dimension personnelle et n’ont dès lors de valeur que relative aux intérêts de tiers, essentiellement des parents, voire de la société. A quel moment doit-on considérer que le nouveau-né est devenu une personne ? Francesca Minerva et Alberto Giubilini ne fournissent pas de date précise à ce sujet mais proposent que neurologues et psychologues se mettent d’accord sur un délai où l’avortement postnatal serait possible.

Le raisonnement des deux auteurs, aussi choquant nous apparaît-il de prime abord, ne devrait pas nous surprendre : il n’est que l’aboutissement somme toute parfaitement cohérent de l’autodisposition légale des parents à supprimer in utero l’enfant à naître et s’inscrit dans un dualisme et un réductionnisme philosophiques qui sévissent depuis de nombreuses années dans les milieux universitaires anglo-saxons et de plus en plus européens[4]. C’est d’ailleurs pourquoi une prestigieuse revue d’éthique médicale à comité de lecture comme le Journal of Medical Ethics peut se faire l’écho de tels propos.

Une notion de dignité devenue sans consistance

Une bioéthique laïque semble bien démunie devant cette déferlante grosse de dérives à venir. Les revendications transgressives qui ne cessent de se multiplier actuellement dans nos sociétés déboussolées sont d’abord la conséquence d’une crise anthropologique, morale et spirituelle qui ne permet plus de rendre compte du principe de dignité humaine. On le voit bien en France, la notion de dignité tourne complètement à vide et n’offre plus guère de consistance pour défendre la personne vulnérable. Même les discours de personnalités attachées au principe de dignité risquent de relever in fine d’une rhétorique moralisatrice s’ils laissent dans l’ombre l’intégralité ontologique de l’être humain.

Seule l’Eglise est en mesure de s’opposer « intellectuellement » à ce nouveau dualisme qui aboutit à un homme unidimensionnel coupé de ses racines ontologiques et dont il devient facile de mépriser le corps une fois que sa dimension spirituelle et transcendante a été occultée. Dans Fides et ratio, le bienheureux Jean-Paul II nous avait déjà dessillé les yeux : « La réalité et la vérité transcendent le factuel et l’empirique. Je souhaite défendre la capacité que possède l’homme de connaître cette dimension transcendante et métaphysique d’une manière véridique et certaine. C’est pourquoi il ne faut pas considérer la métaphysique comme opposée à l’anthropologie, alors que c’est la métaphysique elle-même qui permet de fonder le concept de dignité de la personne [5]». Et Jean-Paul II de nous inviter à « savoir accomplir le passage du phénomène au fondement ».

L’homme auto-producteur de lui-même

Le principe de dignité inviolable de la personne humaine du début de sa vie à sa fin naturelle s’appuie en dernier ressort sur l’unité corps et âme de l’homme et sa création à l’image de Dieu. Dans cette perspective, Benoît XVI a fait de la bioéthique dans sa dernière encyclique l’un des domaines de la réflexion contemporaine « où émerge avec une force dramatique la question fondamentale de savoir si l’homme s’est produit lui-même ou s’il dépend de Dieu [6]» (Caritas in veritate, n. 74). Si « la foi et la raison ne s’aident pas réciproquement », ajoute le Pape, si nous perdons la « conscience de la consistance ontologique de l’âme humaine », il y a tout à craindre de cette « conception matérialiste et mécaniste de la vie humaine » (Caritas in veritate, n. 75) qui ne peut qu’aboutir à perpétrer de nouveaux attentats contre la personne : « La fermeture idéologique à l’égard de Dieu et l’athéisme de l’indifférence qui oublient le Créateur et risquent d’oublier aussi les valeurs humaines se présente aujourd’hui comme l’un des plus grands obstacles au développement. L’humanisme qui exclut Dieu est un humanisme inhumain » (Caritas in veritate, n. 78).

Il s’agit incontestablement de l’un des grands défis de la nouvelle évangélisation à laquelle l’Eglise nous convie pour affronter les idéologies prométhéennes qui bafouent la valeur transcendante de la personne humaine.

Pierre-Olivier Arduin

[1] A. Giubilini, F. Minerva, « After-birth abortion: why should the baby live? », J Med Ethics, 23 février 2012.

[2] P-Ol. Arduin, « Euthanasie néonatale », La Nef, n. 233, janvier 2012.

[3] Massimo Introvigne, « Bambini con spina bifida, la provocazione del Papa », La Bussola quotidiana, 6 janvier 2011.

[4] Le philosophe d’origine australienne Peter Singer, titulaire de la prestigieuse chaire d’éthique de l’Université de Princeton, en est bien sûr l’une des figures emblématiques. Bien que provenant d’univers intellectuels différents, Tristam Hugo Engelhardt, John Fletcher, Jeff McMahan,… pour ne citer qu’eux se rattachent à ce nouveau dualisme anthropologique qui stipule que tout être humain n’est pas obligatoirement une personne au sens moral du terme.

[5] Jean-Paul II, Lettre encyclique Fides et ratio, 14 septembre 1998, n. 84.

[6] Benoît XVI, Lettre encyclique Caritas in veritate, 29 juin 2009, n. 74-78.

 

Un évêque vert ?

 

Face à ce qu’il dénonçait comme « la destruction insensée du milieu naturel », Jean-Paul II proclamait depuis longtemps déjà l’urgence d’une conversion écologique – suivi intensément dans ce sens par Benoît XVI, qui ne cesse de rappeler avec son intelligence et son bon sens que la terre ici-bas est notre seule maison.

Dans la lignée de ces grands papes dont il s’inspire filialement, Mgr Dominique Rey fait entendre aujourd’hui une parole forte en faveur d’un véritable évangile écologique : « Il y a en effet dans la Révélation de quoi participer audacieusement à l’annonce d’un évangile écologique, capable de donner la profondeur qui fait défaut aux débats sur l’écologie, lorsqu’ils ne remontent pas aux causes véritables. »

L’évêque de Fréjus-Toulon, dans cette Lettre pastorale sur l’écologie, met les points sur les i : la crise écologique est un scandale et une tragédie qui nécessite un sérieux examen de conscience. Et de montrer l’exemple par un humble mea culpa : « Il n’est pas possible de considérer que les courants les plus radicaux de l’écologie ne sont que le fruit d’une vision utopique de la réalité. Au contraire, on doit lire à leur origine, comme en creux, une intuition, une attente déçue qui n’a pas trouvé de réponse. A cette soif de réconciliation avec la nature n’a pas correspondu la proposition renouvelée d’une théologie de la création… »

Cependant, il distingue soigneusement l’écologie chrétienne et l’ « écologie inhumaine » de certains courants minoritaires (deep ecology, antispécisme…), mais aussi d’une certaine idéologie malthusienne et eugéniste, obsédée par le contrôle démographique et qui agite régulièrement le spectre de la surpopulation. De même, l’écologie chrétienne se démarque des jargons onusiens en vogue : «  Il y a quelques nuances entre le sauvetage de la planète et le respect de la création, entre le développement durable et le développement humain intégral. »

Mgr Rey de défendre une « écologie humaine », unitaire, intégrale, qui n’oppose pas l’humanité et la nature mais les relie : le défi n’est pas moins que recréer une alliance entre l’homme et la terre, l’alliance avec tous les êtres vivants conclue avec Noé jusqu’à la fin des temps. Mais pour cela il faut d’abord « recevoir le monde comme un don de Dieu, reconnaître et respecter l’ordre voulu et imprimé par lui dans la création. » Et redéfinir la juste place de l’homme dans l’univers : « Jamais la seigneurie de l’homme n’a consisté à assujettir la création, à la dominer en la rendant esclave, mais bien plutôt à la garder, à la mettre en valeur en entrant dans son langage, son rythme et sa logique propre. » Entre l’usage légitime et l’abus moderne, il y a un abîme. « On peut déplorer les accents inhumains de l’écologisme le plus radical, mais pourquoi ne pas reconnaître qu’il est le fruit d’une soif inassouvie ? Le chrétien peut légitimement partager le cri de révolte contre la vision du monde exclusivement matérialiste de l’existence, l’individualisme et le consumérisme ambiants. »

S’il met en cause la logique économique libérale et un certain productivisme, fils de l’idéologie du progrès,  le pasteur, loin de s’arrêter à ses causes techniques ou historiques, affirme donc que la crise écologique actuelle est d’ordre métaphysique, anthropologique : « La création souffre à cause de l’homme qui ne reconnaît plus son état de créature et cherche à bâtir un monde sans Dieu. » Et ce partant moral : « S’éloignant de sa condition d’image de Dieu, l’homme en est venu à fouler le monde aux pieds : il l’a rendu esclave de son agir et s’est lui-même rendu esclave. »

Bref, la destruction de la nature ressort du péché originel, ce mystère d’iniquité qui est toujours à l’œuvre dans le monde, et dès lors ressort des structures de péché mais engage également la conscience de chacun : « On peut donc parler de péché grave contre l’environnement naturel lorsque l’homme, à l’instar de Caïn, affirme : « Suis-je responsable de la création ? » »

La réponse de l’écologie chrétienne, qui est avant tout une « écologie spirituelle », est d’ordre théologique et part d’une vision théocentrique de l’existence : tout ce qui existe a son origine et sa fin en Dieu, « le monde lui-même sera sauvé » - comme le rappelle Mgr Rey à la suite de saint Paul : « Le monde participe aux conséquences du péché de l’homme mais également à la promesse divine de rédemption (…) Dès le commencement, Dieu avait en vue la gloire de la nouvelle création dans le Christ. »

Mgr Rey énonce les principes de « l’approche chrétienne d’une conversion écologique pratique » : il s’agit avant tout de retrouver le sens de l’adoration et de la contemplation plutôt que de la consommation, de la structure sabbatique de la création. Le septième jour, qui est devenu le huitième des chrétiens, le dimanche, signifie dans le temps de l’existence la signification profonde et la destination finale de la création : le repos et la joie en Dieu, la communion. Il est urgent de proclamer un sabbat pour la terre, un carême pour la terre, nous dit l’évêque : il faut « vivre avec la terre un Carême », dans le jeûne - l’ascèse, la sobriété, la frugalité, la simplicité volontaire, et encore un retour à la terre et au travail manuel avec « Jésus artisan - mais aussi la prière – la louange et l’eucharistie – et l’aumône – le partage, la justice et le souci des pauvres et des petits. Voilà les fondements d’une authentique écologie profonde, d’une écologie de communion. « L’écologie chrétienne ne peut pas se payer de mots : sa radicalité est liée à celle de l’Evangile. » Et Mgr Rey de conclure : « Malheur à moi si je n’annonce pas cet évangile écologique ! »

 

Falk van Gaver

Délégué de l'Observatoire sociopolitique

 

Mgr Dominique Rey, Peut-on être catho et écolo ?, Artège, 2012, 82 p., 6,90 € www.ecolo-catho.fr